Cercles d'Initiative Citoyenne pour le Changement
Le coin de la Presse:
Par Dr Ahmed Benbitour
Sujet : les effets des réformes politiques sur la stabilité et le développement économiques.
Q1 : Les réformes politiques doivent-ils devancer les réformes économiques ?
R1 : En fait, il s’agit de la relation entre système de gouvernance, démocratie et développement.
La relation entre démocratie, système de gouvernance et développement s’est caractérisée à travers les expériences des différents pays par trois modèles :
Aujourd’hui ce débat est dépassé puisque la démocratie et la bonne gouvernance sont considérées comme un moyen et une finalité du développement.
Si nous portons notre attention sur les pays en développement, nous constatons que, durant les 30 dernières années la majorité des gouvernants de ces pays ont déclaré, être engagés dans deux types de réformes : les réformes politiques pour le passage de l’autoritarisme à la démocratie et les réformes économiques pour passer de l’économie administrée vers l’économie de marché. Le résultat est :
Q2 : Est-ce un problème de séquentialité ?
R2 : Je vais répondre par quelques observations :
C’est seulement un genre bien défini de régime totalitaire qui a été capable de promouvoir la croissance économique. C’est un régime totalitaire qui
En réalité, il n’y a pas que le type de régime politique qui compte, d’autres facteurs entrent en jeux. Nous pouvons citer :
Q3 : Est-il possible de transformer un régime totalitaire en régime démocratique, sans passer par une période de transition ? Ou encore, pour réaliser la démocratie peut on faire l’économie de la libéralisation politique ?
R3 : La démocratie repose sur les règles, les institutions et les pratiques politiques à travers lesquels les votants, régulièrement et constitutionnellement, remplacent ou modifient le leadership par l’exercice de représentation politique.
Mais la démocratie doit se méfier du leurre de l’électoralisme. L’électoralisme permet d’exclure une partie importante du peuple puisque la majorité est atteinte après un scrutin à 50,01% L’électoralisme peut offrir le pouvoir à des partis politiques non démocrates ! L’électoralisme peut offrir le pouvoir à des tyrans populistes, en ralliant le suffrage par la propagande et d’autres formes de racisme et d’intolérance.
La libéralisation politique, par contraste en rapport à l’électoralisme, s’adresse à la promotion d’un débat plus libre, la compétition à travers les médias, la société civile et les partis politiques. C’est une condition nécessaire, mais loin d’être suffisante pour la démocratie. Toujours est-il que la libéralisation politique s’accommode mieux avec les sociétés où il y a des différences culturelles ou religieuses notables. La libéralisation politique, c’est le partage du pouvoir.
Q4 : On parle beaucoup des interventions des puissances étrangères dans le processus des réformes politiques ou économiques. Qu’en est-il ?
R4 : L’environnement international n’est pas favorable au changement et pousse plus vers le pessimisme en ce qui concerne la transition vers la démocratie. La démocratie de façade, c’est l’autocratie qui cherche à plaire aux puissances internationales pour se donner une « légitimité » auprès d’elles, pas auprès de son peuple. Effectivement le soutien des puissances internationales s’appuie, plus, sur la préférence pour la stabilité au détriment de la démocratie. Ces puissances veillent d’abord à leurs intérêts stratégiques. Sur les quelques 200 pays qui composent le Monde, il y a autour de 45 régimes autoritaires considérés comme des régimes stables. Cette préférence pour la stabilité, chez les grandes puissances, s’explique par leur crainte de voir le changement déstabiliser l’Etat.
Il faut par conséquent travailler à retirer la peur de ces puissances de voir dans le changement vers la démocratie, la déstabilisation de l’Etat. Leur expliquer qu’elles n’ont aucun intérêt dans une stabilité apparente mais chancelante. Que le changement dans le calme et la sérénité est le meilleur garant d’une stabilité pérenne. Qu’il vaille mieux coopérer avec un système de gouvernance moderne, capable de discernement et capable d’analyser les intérêts partagés, parce que, appuyé sur des institutions performantes. Que le statu quo signifie des décisions discrétionnaires prises par des individus au gré de l’humeur du moment. Que le changement est inéluctable. Que l’autoritarisme travaille, de par sa nature, à sa propre destruction. Que le choix se pose, aujourd’hui, entre un changement bien étudié, bien implanté et porteur d’espoir et de réalisations pour les générations actuelles et futures d’un côté et un changement dans le désordre avec toutes sortes de dérapages de l’autre côté. __________________________________________________________________________________
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