Cercles d'Initiative Citoyenne pour le Changement
Ensemble, rien ne nous sera impossible!
La Priorité à la Une
Février 2010
Voilà deux mois que notre initiative de mobilisation citoyenne pour le changement pacifique a été lancée. Cet intervalle peut sembler très court, il est, pourtant, déjà riche d’enseignements. Cette initiative est devenue la vôtre. J’en suis l’initiateur, vous êtes appelés à en être les réalisateurs. Vous avez été très nombreux à réagir sur le site CCIC pour faire des propositions concernant notamment la stratégie à mener. C’est en tenant compte de vos remarques que j’ai rédigé un document de synthèse sur la stratégie que je propose d’adopter. Je souhaiterais remercier les participants au débat initié en Janvier sur la refondation de l'État et enfin, je voudrais ici particulièrement saluer et remercier les plus décidés et volontaires d’entre vous qui auront lancé des cercles d’initiative citoyenne pour le changement (cicc).
A ceux qui se joignent à nous pour la première fois, permettez-moi de vous présenter brièvement les tenants et les aboutissants du projet de mobilisation pacifique pour le changement. Ce projet est né d’une conviction d’abord : le régime politique autoritariste que nous subissons répond de moins en moins aux attentes légitimes des Algériens et s’enlise chaque jour davantage dans une incapacité chronique à se réformer. Il est désormais évident qu’il est et demeurera incapable de mettre notre pays sur les rails du progrès et du développement. D’autre part, vus les atouts dont nous disposons, et là je pense avant tout au formidable potentiel de bonnes volontés et de compétences dont dispose l’Algérie, j’ai également la conviction qu’une autre Algérie est possible, conforme à nos aspirations de vivre dans la liberté et la dignité comme le voulaient les initiateurs du 1er Novembre 1954.
La situation que nous connaissons n’est en rien inédite puisque nombre de pays l’ont déjà vécue. C’est pourquoi j’ai entamé la préparation de cette initiative par l’étude de la transition qu’auront mené des pays ayant subi dans un passé récent des régimes autoritaristes comme nous le vivons aujourd’hui. Les exemples de l’Espagne et du Portugal en Europe du Sud, de l’ancienne Europe de l’Est, des régimes d’Amérique latine, et enfin de pays asiatiques tels que la Malaisie, la Corée du Sud et l’Indonésie m’auront permis d’établir un certain nombre d’hypothèses de réflexion et d’aboutir à la conclusion de ce qui, aujourd’hui, « distingue » l'État algérien : c’est un État défaillant qui dérive vers un État déliquescent. Cette déliquescence sera de plus en plus marquée car nous sommes aujourd’hui en présence de trois certitudes quant à l’évolution du régime algérien :
Face à cette situation ; faut-il ne rien faire et assister passivement à cette dégradation qui conduira inéluctablement à un changement de régime dans la violence avec tous les risques de dérapages ? A l’inverse, faut-il préparer le changement dans le calme et la sérénité, par une mobilisation pacifique pour le changement au bénéfice de la Nation algérienne ? Je me suis définitivement engagé dans la voie de la mobilisation pacifique pour le changement en lançant une initiative rendue publique le premier Novembre 2009 en publiant le « Projet pour sauver la Nation algérienne» et l’«Appel à la mobilisation pacifique pour le changement ». Ces textes ont été mis en ligne à la même date sur un site central www.ccic-dz.net. J’ai également proposé à tous ceux qui se reconnaissent dans cette initiative de créer des Cercles d’initiative citoyenne pour participer à notre effort collectif de préparation au changement en explicitant la démarche dans deux autres documents, « Qu’est-ce qu’un cicc?» et « Comment créer un cicc ? ».
Depuis janvier 2010, nous proposons chaque mois d’ouvrir sur notre site le débat et la réflexion autour d’un thème central pour le renouveau de notre Nation. Le premier trimestre 2010 est consacré, à la refondation de l'État en Janvier, à la refondation de l’économie en Février et à la refondation de l’école en Mars, une priorité absolue. Les propositions que je vous soumets ont vocation à être enrichies par vos contributions et serviront à la vision de l’Algérie que nous voulons. Le programme que nous allons élaborer ensemble s’appuiera sur une vision qui tienne compte des potentialités et des opportunités que chacun d’entre nous peut mettre en lumière et se transcrira dans des propositions concrètes de changement qui répondent, domaine par domaine, secteur par secteur, aux aspirations et besoins que vous aurez exprimés et aidés à définir.. Je le répète encore une fois, cette initiative est la vôtre, j’en suis l’initiateur et vous en serez les réalisateurs. C’est notre initiative à tous désormais et la réussite de ce projet dépend de la force d’engagement de chacun de nous.
C’est un chemin difficile que nous empruntons, qui sera très certainement long. Au travail donc pour renforcer les chances de succès de ce projet. Il est de notre responsabilité à tous de multiplier le nombre de CCIC, de participer au débat sur l’Algérie que nous voulons construire, de rassembler, dès à présent, les personnalités d’appui indispensables à l’ancrage de nos idéaux de renouveau dans la société, les acteurs qui veulent s’engager pour rendre le changement pacifique irréversible ainsi que les compétences que leur profil et leur engagement désignent pour réaliser ce changement. Aujourd’hui, nous abordons la réforme économique (voir texte sur la refondation de l’économie sur ce site).
En voici une synthèse. Alors que l’Algérie dispose de tous les atouts pour achever sa transition économique et s’engager dans un développement soutenu et durable, la machine des réformes est en panne. Le programme économique que nous proposons œuvre au passage d’une économie de rente basée sur l’avantage comparatif que procure l’exploitation d’une ressource naturelle non renouvelable (le pétrole et le gaz) vers une économie compétitive, diversifiée et ouverte sur l’économie mondiale, basée sur l’avantage compétitif que procurent le savoir, le savoir-faire, la bonne gouvernance et l’entreprenariat.
La politique économique doit concourir à atteindre et maintenir un taux de croissance d’environ 10% hors secteur pétrolier, jusqu’en 2020, ce qui permettrait à chaque Algérien de disposer d’un niveau de revenu comparable à celui de la Turquie d’aujourd’hui, hors effet des hydrocarbures.
Pour atteindre ces objectifs ambitieux, il faut réaliser des transformations structurelles dans tous les secteurs. La première réforme majeure et essentielle est la constitutionnalisation de l’usage des recettes d’hydrocarbures, pour limiter très strictement la part passant dans le circuit économique et bancaire qui vient alimenter l’économie de rente. Au contraire, la priorité dans l’allocation des recettes d’hydrocarbures sera donnée aux générations futures, aux investissements dans la santé et l’éducation et, dans une période de transition, à la transformation et à la mise a niveau de l’administration. Le fonctionnement du secteur de l’agriculture sera également revu dans le sens d’une extension de la surface agricole utile, du règlement des questions multiformes de propriété des terres agricoles pour sécuriser les exploitants et de l’exploitation optimale des potentialités existantes afin de parvenir à une autosuffisance dans quelques productions stratégiques et, globalement, à une balance commerciale agricole équilibrée. Enfin, un soutien des revenus des agriculteurs sera mis en place pour leur permettre de vivre décemment de leur travail. Dans les secteurs industriels et des services, l’Algérie développera des filières fortement intégrées verticalement dans les domaines où nous disposons d’avantages comparatifs (énergie et minerais principalement) avec une production en Algérie allant de l’extraction des ressources naturelles jusqu'à leur transformation en produits finis sophistiqués du coté industriel, et le développement de tous les services de soutien. En second lieu, la politique économique visera à créer des avantages compétitifs reposant sur le capital humain de nos universités et un cadre incitatif pour l’investissement productif, que ce soit dans l’industrie ou les services modernes (logistique, grande distribution). Sur un plan microéconomique, le tissu économique algérien sera transformé par l’augmentation significative du nombre d’entreprises (à un million environ) et l’accroissement de leur compétitivité au niveau national et international. A l’horizon 2020, les entreprises algériennes seront dirigées par une classe d’entrepreneurs compétents, honnêtes et innovateurs; l’encadrement et la main-d’œuvre des entreprises algériennes seront compétitifs dans l’environnement international immédiat de l’Algérie. Le secteur financier sera développé afin de subvenir aux besoins de financement de l’économie par la mise en place de toute la gamme des instruments de financement d’une économie moderne. Par ailleurs, des pôles de compétitivités seront constitués dans quelques créneaux d’avenir de la finance. Enfin, l’économie informelle sera réduite à des niveaux viables par un mélange de mesures incitatives et répressives, afin d’atteindre un véritable développement économique.
Pour pouvoir mener ces politiques sectorielles, il est indispensable de conduire rapidement des réformes profondes dans l’administration économique. Car ce n’est qu’une fois l’administration réformée que l’on peut espérer mettre en application des changements réels de politique économique. Sinon, les transformations resteront au stade de vœux pieux et tout investissement, quel que soit son montant, ne permettra à aucun secteur de fonctionner correctement et ne fera qu’alimenter la corruption et la gabegie. La première orientation de la réforme de l’administration économique sera de la rendre complètement « business friendly », au service de la création de richesses. Cela passe par un accès aisé et bon marché aux ressources naturelles et facteurs de production pour les entrepreneurs, un cadre législatif et réglementaire clair, transparent, impartial, simplifié et stable, des procédures administratives efficaces et diligentes pour assurer un niveau de service de grande qualité, des infrastructures remises à niveau et bien gérées et une lutte contre les monopoles et les rentes pour favoriser la vitalité de l’économie et la protection des consommateurs. La lutte contre la corruption au sein de l’administration économique est la seconde orientation de la réforme administrative. Elle s’appuiera sur trois mesures principales : la revalorisation matérielle et morale des agents administratifs (fonctionnaires et non fonctionnaires) par l’augmentation de leur salaire à des niveaux élevés et compétitifs, une sélection stricte pour des postes sensibles et des mécanismes de contrôle efficaces au sein de l’administration et en dehors de l’administration. Les différentes administrations économiques feront l’objet d’une restructuration complète : révision de leurs objectifs, changement complet du recrutement, de la formation et de la promotion de leur personnel, transformation de leurs procédures et augmentation de leurs moyens. Une fois transformées, elles pourront pleinement soutenir l’activité économique, procurer les ressources indispensables à l'État pour remplir ses diverses missions et protéger les intérêts économiques de l’Algérie. Nous avons ouvert cet espace pour permettre aux membres des Cercles de proposer de nouvelles idées, d’approfondir les réflexions déjà présentes dans ce document, notamment en contribuant à chiffrer les futures politiques et en proposant des déclinaisons sectorielles et locales. D’ici la fin de l’année, vos remarques seront intégrées dans le document de synthèse finale sur la transformation de l’économie algérienne. Le mois prochain, je vous soumettrai mes propositions concernant la réforme de l’éducation. J’espère que vous prendrez l’habitude de nos rendez-vous mensuels pour alimenter une réflexion collective qui sera mise en œuvre dans notre cher pays dans un avenir que nous espérons, pas lointain.
Ensemble, rien ne nous sera impossible,
Ahmed Benbitour __________________________________________________________________________________
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