Cercles d'Initiative Citoyenne pour le Changement
Ensemble, rien ne nous sera impossible!
Refondation de l'État
Par Dr Ahmed BENBITOUR Décembre 2009
En fermant la porte à l’alternance au pouvoir, par la révision de la Constitution sans consultation du peuple, le système en place a barré la route à l’instauration d’un régime dans lequel le pouvoir politique représente tous les citoyens, pas quelques individus.
De même, toutes les institutions sont bloquées au moment où il y a un besoin urgent de mobiliser l’ensemble des ressources de la Nation pour faire face à la crise multidimensionnelle qui mine l’avenir de notre pays et de son économie. Cette situation n’est pas paradoxale en réalité, mais la résultante d’un système de gouvernance qui a atteint ses limites depuis longtemps déjà et qui n’en finit plus d’essayer de prolonger son existence au détriment de la prospérité de notre Nation et de la cohésion de notre société. Aujourd’hui, nous devons tous mobiliser nos efforts pour affirmer notre refus de la dérive à laquelle nous condamne ce système, s’il persiste dans sa fermeture actuelle à nos attentes légitimes. Car le seul avenir qui nous attend, si ce système concentre toutes ses forces à maintenir le statu quo nécessaire à sa survie, est une société déstructurée, appauvrie dans tous les sens du terme, sans repères et sans valeurs. Les interventions en nombre des citoyens pour faire part de leurs opinions suite à la publication et à la mise en ligne du projet pour sauver la Nation algérienne sur le site CCIC montrent à quel point nos concitoyens sont conscients des dangers qui nous guettent si l’impasse actuelle se prolonge. Elles disent aussi combien notre société est dans l’attente impatiente d’un changement réel et non cosmétique, d’un projet digne de l’avenir que nous sommes en droit de vouloir pour nos enfants et de l’Algérie que nous pouvons bâtir ensemble. Chers compatriotes, je tiens à vous dire que je partage les mêmes interrogations, les mêmes angoisses et craintes que vous, les mêmes douleurs et les mêmes colères face à l’immense gâchis des potentialités du pays. Je vous laisse imaginer les sentiments de colère et de frustration que peut ressentir un homme qui a consacré sa vie au service de la Nation, et qui aura assisté aux occasions manquées, gâchées voire saccagées, de mettre enfin notre pays sur le chemin du progrès et de la prospérité partagés. Comme vous, je ressens aussi cette impatience à voir le potentiel de notre peuple se réaliser. Comme vous, je sais aussi qu’un autre avenir est à portée de mains. Je partage aussi vos rêves et vos espoirs de nous voir enfin édifier ensemble un système politique et économique qui permette à la société algérienne de devenir prospère et juste, de profiter enfin des progrès et des avantages dont bénéficient les peuples des pays bien gouvernés. Comme vous, j’aspire à une Algérie forte, forte de ses hommes et de ses femmes dont la résistance depuis tant d’années donne la mesure de leur courage, forte de ses richesses culturelles et naturelles enfin valorisées, forte de ses valeurs préservées, forte de la générosité, de la dignité de son peuple et de son endurance. Notre travail consiste à faire prendre conscience aux citoyens de la nécessité vitale de remplacer le régime autocratique et prédateur actuel par un régime authentiquement démocratique où la population constate dans chacune de ses activités la présence des valeurs, ci après citées.
La démocratie qui doit être instaurée en Algérie doit rompre avec le leurre de « l’électoralisme ». La démocratie repose sur des institutions opérationnelles et non moribondes. C’est un pouvoir législatif qui représente tout le peuple et qui ne soit pas aux ordres du Président, du Premier Ministre, de l’administration ou de l’armée. C’est un pouvoir judiciaire indépendant capable de faire respecter l'État de droit de manière égale pour tous les citoyens. Ce sont des partis politiques et un système électoral en état de fonctionner. Ce sont des forces de sécurité professionnelles, politiquement neutres et au service de la population. Ce sont des médias libres, indépendants, impartiaux et non contrôlés par l'État ou les entreprises. C’est une société civile active, en mesure de superviser les pouvoirs publics et les groupes d’intérêts et capable de proposer des modes différents de participation politique. C’est un État garant d’une régulation de qualité (climat des affaires, supervision des institutions financières et banques, contrôle de la qualité et des prix…). Ce sont des institutions nourries des valeurs démocratiques et le respect des droits de l’homme afin d’assurer un équilibre des pouvoirs et de prévenir le risque de tyrannie et de populisme.
La refondation de l'État que nous proposons ne dissimule aucune ambition politicienne démesurée, mais plutôt une action d’aiguillage pour l’avion-Algérie depuis longtemps cloué au sol, afin de lui permettre cette fois-ci, un véritable décollage.
Car au moment où le pays dispose de très fortes potentialités pour s’en sortir, nous sommes sûrs que ceux qui en ont la capacité, ne resteront pas passifs alors qu’il est possible d’engager l’Algérie dans le sentier de sortie de crise. Nous devrons agir pour que la mécanique se transforme en dynamique et que les équipages soient hautement qualifiés et suffisamment outillés techniquement, intellectuellement, et avant tout moralement pour amorcer la bonne gestion des affaires publiques. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous contenter de vivre d’espoirs sans cesse reportés. La reprise en main de notre destin ne peut être différée plus longtemps. Dans le texte qui suit, je voudrais vous exposer ma vision de la nouvelle Algérie telle que je sais qu’elle est possible et non plus seulement telle que je la rêve, car je crois que le temps est venu aujourd’hui de la construire.
L’Algérie de 2020, telle que je la conçois, est une société en paix et solidaire, où ne règnera pas la force brute mais la Loi. Pour y parvenir, l'État aura pour mission de mettre en œuvre une vision déclinée en dix réalisations:
L’Algérie de 2020 sera marquée par la fin de l’arbitraire, et la réhabilitation d’une justice véritable et équitable pour tous. La justice algérienne ne sera plus instrumentalisée au service d’intérêts particuliers, politiques ou économiques malsains. La justice algérienne doit garantir le règne de la Loi et ce fondement essentiel de l'État de droit doit être instauré d’urgence. En tout premier lieu, la rédaction des lois sera simplifiée et réorientée en faveur de la protection des droits individuels et collectifs des citoyens et des intérêts du pays, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps. Cela permettra aux magistrats, excellemment formés, rémunérés et pénétrés de leur mission, de se consacrer, en toute confiance, libres de toute pression politique ou financière, à l’application rigoureuse et exclusive du droit et au respect de la loi. La justice algérienne assurera la protection des biens, des droits des personnes et des contrats afin de rétablir la confiance des Algériens en cette institution essentielle. En particulier, tous les problèmes de propriété, fruits de notre histoire et de la démission des autorités seront réglés de manière simple, transparente, équitable et uniforme. Les citoyens bénéficieront d’un traitement équitable, ce qui signifie que la loi s’appliquera uniformément à tous, aux personnes publiques comme aux particuliers, s’imposant aux puissants comme aux faibles. Par une coordination avec les services de sécurité et une plus grande confiance entre ces institutions, les Algériens bénéficieront de la garantie d’une véritable sécurité de leurs personnes et de leurs biens.
La réappropriation de notre histoire
Le régime algérien réduit l’histoire de notre peuple à la période coloniale espérant continuer à tirer sa légitimité de la guerre de libération. Ainsi, alors que nous nous sommes libérés de l’oppression « physique » du colonisateur, nos esprits devraient se libérer de son emprise ; autrement, le colonisateur définirait encore notre nation ! L’Histoire de l’Algérie n’a pas commencé en 1830, ni en 1962. De même, notre histoire ne commence pas en l’an 50 de l’Hégire, mais elle ne s’achève pas non plus cette année là. Qu’avons-nous donc à vouloir réduire ou amputer cette belle et grande histoire qui est celle de notre peuple ? Qu’avons-nous donc à vouloir nier la richesse de notre héritage ? L’uniformiser reviendrait à l’appauvrir. Au lieu de nous défier les uns les autres, nous devrions nous soucier de ce qui se produirait si nous n’étions plus ensemble. Notre nation ne fait qu’une, et rien ne pourra la diviser. Les dix prochaines années seront placées sous le signe de la réappropriation par l’Algérie et le citoyen algérien de son identité, de sa culture et de ses valeurs issues d’une longue sédimentation Cette démarche, vitale pour le maintien de notre identité d’Algériens, vise, notamment à une refonte des programmes scolaires et universitaires pour un enseignement linguistique, littéraire et religieux profondément enracinée dans l’histoire et la culture algériennes ainsi que dans nos traditions religieuses algériennes revivifiées par les apports modernes de la Nahda et des penseurs modernes actuels. Les instituts, universités et académies deviendront, par le biais de programmes ambitieux de recherche et d'enseignement en histoire, en langues, en architecture, en musicologie, l’un des moteurs de la revitalisation de la culture algérienne. Cette grande œuvre de réappropriation de notre culture et d’une éthique religieuse, à l’aune des évolutions du monde moderne, tout en conservant le meilleur de notre héritage (respect et tolérance, solidarité, générosité, protection des plus faibles, amour du savoir, sens de l’honneur et des responsabilités) doit associer les écoles, les universités, les médias, les zaouiate et les imams ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile. La vie culturelle dans nos villes et villages sera transformée par un maillage d’infrastructures culturelles (bibliothèques et médiathèques, conservatoires de musique, salles de spectacles…) sur l'ensemble du territoire, proposant des activités culturelles accessibles à tous à des prix raisonnables. Des dispositifs de financement conséquents seront mis en place pour favoriser l’émergence d’industries culturelles afin, en donnant un cadre à la formidable capacité créatrice de notre peuple, de maintenir vivant notre patrimoine et de structurer un pan de l’économie indispensable à notre insertion dans le monde d’aujourd’hui évoluant vers une société du Savoir.
La réappropriation de nos valeurs
La société algérienne ne sait plus dialoguer pour résoudre ses conflits, la violence semble être devenue le seul moyen d’expression efficace. Une génération entière a grandi dans la violence extrême des années 1990. Le plus inquiétant étant la perte de confiance que beaucoup ressentent en notre société, nombreux sont ceux qui espèrent un avenir meilleur, mais sans y croire vraiment. Notre société est profondément atteinte et affectée, les liens sociaux distendus, nous avons perdus confiance en nous-mêmes et les uns dans les autres. Nous avons le sentiment que la violence et la corruption ambiante ont tout envahi de manière irréversible, jusqu’à notre être intime collectif, à travers nos valeurs. Les volontés du peuple algérien, au lieu d’être satisfaites, ont été l’objet de manipulations pour tenter d’être brisées, nos revendications politiques, économiques, culturelles et sociales sont le plus souvent niées. L'État, qui aurait du être le garant de la cohésion nationale, est le premier responsable de cette situation, au point d’avoir perdu sa légitimité à nos yeux. Cette perte de confiance en nos institutions et en l’avenir n’est pas une fatalité. Nous pouvons renverser la tendance en nous mobilisant suffisamment La flamme ne s’est pas éteinte, mais a simplement perdu de son éclat, au fond de chacun de nous, subsiste une étincelle qui peut devenir une torche pour notre avenir. Retrouvons la foi en nous, en nos capacités, en notre valeur, en notre avenir. Retrouvons nos valeurs car l’Algérie de 2020 ne pourra se construire sans elles.
La sécurité est un droit qui doit être garanti à chaque Algérien. Elle est aussi une condition nécessaire au développement de notre économie. Les services de sécurité seront recentrés sur leur rôle naturel au sein de la société, c’est-à-dire la protection des personnes et des biens ainsi que le traitement des menaces intérieures (terrorisme, lutte contre le banditisme et la délinquance, lutte contre la corruption) et des menaces extérieures (contrefaçon, ) qui pèsent sur l'État et la société. Pour que l’Algérie redevienne un pays sûr, avec des niveaux très bas de délinquance et de criminalité, de consommation ou de transit de drogue, les services de sécurité recevront tous les moyens appropriés. Enfin, concernant les traumatismes accumulés au cours des dernières années, un effort majeur sera accompli pour parvenir à l’extirpation définitive et durable de la violence dans les rapports humains, que ce soit dans les espaces publics ou dans les espaces privés. Cela passe par la restauration des valeurs de respect, de tolérance et la réhabilitation du dialogue et des modes de résolution pacifique des conflits au sein de la société ainsi que par leur application effective. Cet effort pour renouer avec nos traditions les plus nobles, mobilisera la société toute entière et notamment le système éducatif.
Pour développer notre économie et sortir de l’économie de rente, il est nécessaire de mettre l’accent sur l’entrepreneuriat et de redonner au travail toute l’importance qu’il occupait dans notre système de valeurs. Le développement de notre pays nécessite la constitution d’une classe d’entrepreneurs de haut niveau, qui prennent définitivement le relais de l'État comme moteur de l’économie. Ces entrepreneurs, issus de l’ensemble de la société, seront le fer de lance de la modernisation de notre économie. L’Administration économique (Douanes, Impôts, Domaines) sera à leur service afin de leur permettre de libérer le potentiel de création de richesses nécessaire au décollage de l’Algérie. De même, les banques, réformées, se consacreront à leur fonction première de satisfaction des besoins de financement de ces entrepreneurs, suivant des critères de rentabilité et de risque rationnels, établis par des professionnels conformément aux meilleures pratiques. Mais cela ne suffit pas. L’amour du travail, valeur mise à mal durant nos années socialistes, sera réhabilité. Aujourd’hui, le chômage ou un emploi sous-payé semble le lot de la majorité des jeunes Algériens, à moins de trahir ses valeurs et de s’enrichir illicitement en se livrant à des activités illégales ou d’abuser de la position que confère un statut de fonctionnaire. Dans l’Algérie de 2020, tous les Algériens qui le pourront participeront par leur travail à l’édification d’un pays moderne et prospère. Le citoyen de l’Algérie de 2020 sera un homme ou une femme qui gagnera sa vie par un travail consciencieux. Son travail suffira à lui offrir le confort nécessaire pour faire vivre sa famille et faire acte de solidarité avec les plus démunis. Dans l’Algérie de 2020, chacun pourra légalement employer sa force de travail pour vivre confortablement et jouer ainsi un rôle valorisant et utile dans la société.
La croissance et la résorption du chômage seront accompagnées d’un meilleur partage de la valeur ajoutée en faveur des salaires, permettant à l’ensemble des Algériens de vivre dignement, de s’élever socialement et d’être rémunérés en fonction de leur travail, de leurs mérites et de leur performance. Le relèvement des salaires de la fonction publique participera de manière cruciale à l’œuvre de redressement de l'État Parce que la vie est faite d’aléas, un système d’assurance-chômage sera progressivement mis en place, tout en évitant de créer des dés incitations ou désintérêt à travailler. Avec le vieillissement de la population et l’urbanisation croissante qui dilue les rapports familiaux, il faudra assurer une véritable protection des revenus des retraités, notamment au travers de la mise en place d’un système généralisé de retraite et d’un volet de retraite par capitalisation complémentaire au système de répartition actuel. Au-delà de sécuriser les revenus des algériens durant leur retraite, cela aura pour mérite également de soulager les enfants qui n’auront plus à prendre seuls en charge leurs parents. Des programmes prioritaires d’éradication de la grande pauvreté seront mis en place, dans la prise en considération des richesses de l’Algérie, de ses potentialités humaines et de notre culture. Ces programmes concerneront, la disparition des bidonvilles dans les villes ou dans les campagnes. Sécuriser la vie de nos compatriotes signifie également un large accès à la propriété qui doit devenir naturel pour une large majorité de la population et se faire dans des logements de qualité. L’Algérie renouera avec la promotion sociale et l’égalité des chances, afin de parvenir à une réduction continue des écarts de revenus et d’accès aux responsabilités entre les catégories sociales. Pour faire redémarrer l’ascenseur social, des programmes spéciaux seront mis en place au sein du système éducatif ainsi qu’une lutte contre toutes formes de discrimination. Enfin, à l’horizon de 2020, l’Algérie aura développé une capacité à mieux gérer ses réserves de change (et son excès d’épargne plus généralement) et les placera de manière très active dans des fonds publics et privés, avec des investissements diversifiés dans le monde procurant des revenus financiers conséquents pour l’ensemble de la population et pour les générations futures.
Tournant le dos à l’effort quantitatif mal ordonné et dispendieux en matière d’infrastructures, l’Algérie, à l’exemple des pays avancés, sera dotée progressivement du réseau d’infrastructures de qualité nécessaire à son décollage économique, à son développement et au désenclavement de son vaste territoire. Cet effort visera aussi à faire émerger, dans toutes les industries de réseau, des champions, entreprises issues des secteurs public et privé, en mesure de jouer un rôle important dans l’espace régional ou national. Ainsi, les réseaux de télécommunications deviendront le socle d’un réel développement technologique de l’Algérie, notamment à travers l’accès indispensable de l’ensemble des ménages, administrations et entreprises aux réseaux à haut débit, la mise en place de véritables industries dans les équipements et les contenus numériques et une attention au service et à l’innovation de la part des opérateurs. Le réseau électrique et gazier jouera un rôle majeur dans le développement industriel du pays en réalisant le rêve ancien et avorté du développement systématique de toutes les industries en aval des hydrocarbures intégrant au maximum la valeur-ajoutée. L’Algérie sera à cet horizon le pays-clé dans toutes les industries fortement consommatrices d’énergie dans l’ensemble méditerranéen. La gestion de l’eau permettra la mobilisation appropriée des ressources renouvelables et non renouvelables afin de satisfaire l’ensemble des usages (population, agriculture, industrie, commerce, administrations) sur tout le territoire. Un effort particulier sera accordé à la réhabilitation des réseaux et la modernisation de leur gestion ainsi qu’au recyclage de l’ensemble des eaux usées, indispensable à la préservation de l’environnement urbain et naturel et à la politique touristique ambitieuse que doit mener notre pays. L’Algérie sera maillée d’un réseau de routes, aéroports, ports de qualité, construits pour durer des décennies, correctement dimensionnés pour couvrir les besoins de long terme de la population et faire face à la taille et au relief exigeant du pays et entretenu par des équipes qualifiées.
L’Algérie s’appuiera sur une population bien formée et compétitive, avec un système éducatif fortement intégré au monde professionnel. Pour y parvenir, la priorité absolue sera donnée à une amélioration du rendement et de la qualité du système éducatif. Il s’agit d’un enjeu majeur des dix prochaines années pour l’Algérie, plus important encore que la croissance économique. Le système de formation algérien comportera une infrastructure de recherche et d’innovation adaptée aux besoins du pays ; les universités et les centres de formation professionnelle doivent devenir des pôles favorisant l’introduction de nouvelles techniques et leur adoption dans les entreprises et les services publics. L’école, l’université et les instituts de formation professionnelle deviendront également des espaces de formation continue et de seconde chance, accessibles à l’ensemble des citoyens ambitieux qui désirent améliorer leur formation et leur niveau de qualification et accéder à plus de responsabilités. Pour atteindre ces objectifs, l’Algérie disposera d’un corps professoral performant et qui deviendra une locomotive du développement du pays, ce qui suppose une revalorisation véritable et conséquente de leur condition sociale et morale. Par ailleurs, une des missions-clés de l’école sera de redonner à l’ensemble des Algériens un sens civique élevé, la fierté de leur pays et la joie de vivre ensemble. Ce sentiment de solidarité et de responsabilité vis-à-vis de la collectivité doit également s’accompagner d’une réelle ouverture sur le reste du monde, crucial pour un pays comme le nôtre.
Le système de santé algérien sera transformé en profondeur afin de fournir, à nouveau, à l’ensemble de la population, une qualité de soins élevée couvrant l’ensemble des pathologies, à un coût raisonnable pour la collectivité, et à des prix accessibles à l’ensemble des patients. Pour cela, les rôles respectifs du secteur public et du secteur privé seront redéfinis et clarifiés. L’Administration en charge du secteur (ministères de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, agences sanitaires), sera également reformée en profondeur et modernisée afin de se réapproprier ses fonctions de stratège, régulateur et source de financement majeur du système de santé. Les villes algériennes, lieu de résidence d’une très large majorité de la population, redeviendront des espaces agréables à vivre avec une disponibilité de tous les services de base pour l'ensemble des citoyens (ramassage des ordures, électricité, trottoirs, SAMU, etc…) et une réelle animation culturelle. Cela passe par une refonte profonde de l’organisation, de l’action et du financement des collectivités territoriales en mettant le bien-être de la population et la responsabilité de l’administration au cœur de leur fonctionnement. L’important patrimoine naturel et historique de l’Algérie sera préservé et valorisé comme élément fondamental de notre culture et notre mémoire mais aussi comme source d’activités économiques durables. La politique d’aménagement du territoire qui sera mise en place devra, notamment en matière d’aménagement des zones touristiques, être conduite avec le souci prioritaire de concilier la préservation durable de l’environnement et des intérêts de la population avec la valorisation de nos richesses naturelles et culturelles.
Aujourd’hui l’heure est aux alliances. Les grandes puissances européennes, américaines ou asiatiques se rapprochent de leurs voisins par des processus d’intégration régionale et tissent également des liens avec des nations n’appartenant pas à leur espace géographique naturel. La conclusion de ces alliances stratégiques leur permet de faire face, non seulement à la concurrence que se livrent, entre elles, les différentes nations de la planète, mais également d’affronter les défis majeurs auxquels sera confrontée l’humanité (énergie, eau, alimentation, changement climatique, conflits, épidémies etc.). Dans ce contexte, l’Algérie ne peut rester isolée et doit, au contraire, penser, à rejoindre certains espaces stratégiques avec le souci constant de la défense de ses intérêts. L’Algérie établira des relations claires et équilibrées fondées sur le respect de ses intérêts fondamentaux et parachèvera sa tradition diplomatique de rapports apaisés et fructueux avec les grandes puissances et nos voisins par la mise en place d’une diplomatie économique active. Par notre appartenance géographique, culturelle et historique, nous avons vocation à nous insérer dans les grands espaces économiques qui pourraient être créés à l’échelle du Maghreb, de la Méditerranée, du monde arabe et de l’Afrique. Concernant l’union maghrébine, l’Algérie sera l’élément moteur de l’intégration maghrébine pour pousser l’intégration le plus loin possible dans le respect de ses intérêts propres et de ses engagements. Nous devons œuvrer à un rapprochement économique accéléré avec nos voisins du Maghreb. Le rapprochement avec l’Union Européenne est souhaitable, car bien mené, il sera une source de progrès et de prospérité économique. Il ne s’agira, en aucun cas, pour notre pays d’être un acteur passif, mais de mettre en place tous les outils nécessaires pour préparer au mieux notre économie et notre diplomatie à être un acteur de poids. La défense de nos intérêts demeurera l’objectif premier de nos actions. Mais nous aurons également le souci de construire des relations de confiance avec nos partenaires. Ainsi, la sécurité énergétique de l’Europe sera un souci constant de notre politique. Les positions de l’Algérie sur toutes ces questions seront systématiquement élaborées en concertation avec le patronat, les syndicats et les différents acteurs intéressés de la société civile. Enfin, des partenariats économiques stratégiques seront également établis avec des pays-clés offrant une complémentarité forte avec l’Algérie : il s’agit notamment d’attirer les investissements et les transferts de savoir-faire de pays émergents comme les grandes puissances montantes asiatiques, africaines ou d’Amérique latine, en faisant de l’Algérie leur plate-forme d’accès de prédilection aux marchés européens, méditerranéens ou arabes. De même, seront noués des partenariats universitaires avec des pays européens ainsi qu’avec les États-Unis et, sélectivement, pour des technologies nouvelles, avec des puissances asiatiques. Enfin, nouer un partenariat véritable avec l’Union Européenne pour les transformations institutionnelles et administratives que nous espérons mener, nous permettrait de bénéficier de l’expérience unique, en termes de mise à niveau économique et institutionnelle, acquise ces dernières décennies (cas de la Turquie, de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce, puis de l’Europe de l’Est). Mais tous ces objectifs ne peuvent être réalisés sans un État adéquat. D’où l’importance cruciale de ce dixième objectif.
La réforme de l'État et de ses institutions La résorption de la fracture qui s’est installée entre l'État et le peuple algérien est capitale. L'État est l’instrument de l’unité nationale, il doit être le garant d’un nouveau pacte social entre tous les Algériens, quels que soient leur âge, leurs opinions, leur sexe, leur catégorie sociale ou leur région. Mais pour que ce lien puisse être restauré, il faut rendre à l'État ses prérogatives premières. Ainsi, l'État ne sera plus capturé par des intérêts particuliers, et cherchera avant tout à maximiser le bien être collectif. Aujourd’hui malheureusement, l'État navigue à vue sans stratégie de long terme pour la Nation. Trop souvent, les décisions irréfléchies de ses organes, prises à la hâte, pour répondre à des problèmes de fond, se révèlent de fausses solutions aggravant les problèmes qu’elles étaient censées résoudre. Combien de milliards encore devra-t-on voir dilapider sans que cela ne profite à la société algérienne dans son ensemble ? L’Algérie n’a que trop souffert de l’irresponsabilité de dirigeants, du fonctionnaire municipal jusqu'au sommet de l'État, jamais sanctionnés malgré leur gestion désastreuse des affaires publiques. Seule l’obligation effective de rendre compte aux citoyens peut créer la pression nécessaire à la moralisation effective de la gestion des affaires publiques, indispensable pour qu’une bonne gouvernance soit mise en place. L’ensemble des élus seront responsables devant le peuple et devront lui rendre des comptes, non plus en théorie seulement comme aujourd’hui, mais lors des élections loyales permettant aux électeurs de reconduire ou de sanctionner souverainement les équipes en place. Enfin, pour que cette Algérie nouvelle ne demeure pas une utopie, il faudra lutter résolument contre le recours à la corruption, contre le clientélisme et le régionalisme dans la conduite des affaires de l'État Pour y parvenir, la sélection des fonctionnaires et des responsables politiques sera fondée uniquement sur le mérite, la compétence et l’intégrité. Des règles strictes et transparentes de déontologie seront mises en place et une surveillance constante sera exercée sur les recrutements, les promotions et la signature des contrats et marchés publics. Des mécanismes permanents d’audit et de contrôle des différents agents de l'État et de ses institutions seront mises en place. La réforme de l'État, et plus généralement de toutes ses institutions est fondamentale. L'État sera réorganisé autour du principe exclusif de la satisfaction des besoins des citoyens et non du recyclage de la rente énergétique. L’Administration ne sera plus l’instrument d’asservissement de la société mais sera mise à son service. Elle sera modernisée et devra accompagner le développement économique et social de notre pays. La transformation de l'État passe par la réappropriation de ses prérogatives de régulateur lorsque cela est nécessaire dans la vie économique et sociale de la nation, sur l’ensemble du territoire ; c’est particulièrement le cas pour ce qui a trait à la sécurité et à la santé des citoyens où le laxisme ne peut plus être toléré. A l’inverse, l'État que j’envisage devra fonctionner comme le facilitateur idéal de l’activité économique déployée par les centaines de milliers d’entreprises du secteur privé dont le pays se dotera.
La fin des « relations personnelles »
Dans l’Algérie d’aujourd’hui, les relations économiques et sociales nécessitant l’intervention d’un organe de la sphère publique (recrutements, octroi de licences, de crédits, attributions de contrats publics, règlement des litiges…) sont régis par « les relations personnelles », et non par le droit, la libre concurrence et la compétence. Dans l’Algérie d’aujourd’hui, il faut faire appel à un réseau relationnel pour monter une entreprise, faire une démarche administrative, régler un conflit juridique… pour la moindre démarche nécessitant l’intervention d’une autorité publique. Lorsqu’un Algérien se rend dans une quelconque administration pour une démarche, il est en droit que sa demande soit satisfaite. Le fonctionnaire ne lui accorde pas un privilège, il accomplit simplement la tâche pour laquelle il est rémunéré. Une enquête récente a révélé que plus de 40% des Algériens ont trouvé un emploi par leur réseau de connaissance. Ce chiffre est scandaleux. Pourquoi faut-il « connaître quelqu’un » pour avoir un emploi ? Accéder à un emploi devrait être un droit fondamental et non le fait d’un privilège consenti. Cette situation qui crée un ressentiment profond et légitime au sein de la population, ne changera qu’avec la réforme réelle des institutions et l’instauration d’un État de droit. Les abus des fonctionnaires ne seront plus tolérés, ni par la population ni par l'État qui les sanctionnera avec une extrême sévérité s’ils se produisent.
Ensemble pour une nouvelle Algérie en 2020, un pays prospère et en paix
Comme vous l’aurez compris à travers cette description, l’Algérie de 2020 sera en mesure d’offrir, à la grande majorité de ses citoyens, une protection digne d’un État moderne et bien gouverné, une formation de qualité, un emploi fournissant un revenu à même de vivre confortablement, un système de santé efficace et un cadre de vie agréable et sûr. L’Algérie de 2020 sera une nation unie et engagée sur le chemin de la prospérité, en paix, et libérée de ses démons. Pour faire de l’Algérie ce pays prospère, il faudra réaliser, durant les dix prochaines années, une croissance économique hors hydrocarbures à des taux supérieurs à 10%, ce qui permettra de propulser l’Algérie parmi les pays émergents à revenus intermédiaires comme la Turquie ou la Malaisie. Cet objectif est tout à fait réaliste dans un contexte de bonne gouvernance, il est même à portée de nos mains. Cela signifie que le coût d’opportunité à rester dans le statu quo actuel peut être évalué à plus de 6% de croissance, et donc à des millions d’emplois. L’Algérie de 2020 peut être une Algérie gagnante, tournée vers l’avenir, une Algérie de paix et de progrès, et non pas une Algérie perpétuellement prisonnière du statu quo suicidaire, profitant à une ultra-minorité en faisant le malheur du plus grand nombre. Je vous demande de penser à nos enfants. De quelle Algérie vont-ils hériter ? Nous avons aujourd’hui le choix, le choix du courage, le choix du rassemblement, le choix de dire oui au progrès, à une croissance que nous construirons tous ensembles dans le respect de chacun. Nous sommes à un tournant de notre histoire. Toutes les conditions me paraissent réunies. Il est temps. Il est temps que nous cherchions une solution pacifique où les intérêts de toutes les parties seront pris en considération, tous ensembles, pour mettre notre pays sur la voie de la modernité et de la croissance partagée. Si nous nous détournons de cette opportunité qui nous est offerte, je crains la désintégration de notre société.
Pour l’heure, je vous soumets les grandes lignes de l’Algérie que nous pouvons construire ensemble.
Je mets cette vision à votre disposition pour qu’elle soit débattue et approfondie et qu’ensemble, nous construisions un programme de sa mise en œuvre et une majorité qui y adhère activement.
Par ailleurs, je m’engage à proposer, dans un futur très proche, un programme détaillé pour réaliser la transition de la situation actuelle vers le pays que nous appelons tous de nos vœux. Mes chers compatriotes, cette Algérie est à portée de nos mains. Nous disposons de tous les atouts nécessaires, en particulier les ressources humaines, qu’elles soient à l’intérieur du pays comme à l’étranger.
Ayons simplement le courage de nos rêves, et ayons foi en nous-mêmes.
Mettons nous au travail au sein des CICC ou de tout autre instrument qui vous convient.
Ensemble et unis, rien ne nous sera impossible.
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